Bulletin de l’OML de mai 2014
en pages 3&4, lettre ouverte d’Henri Pena-Ruiz à Manuel Valls.

Observatoire Méditerranéen de la Laïcité
15 traverse du Pinchinier-83320- Carqueiranne
« LA REPUBLIQUE EST INDIVISIBLE, LAÏQUE, SOCIALE et DEMOCRATIQUE
ARTICLE 1er DE LA CONSTITUTION DE LA VEME REPUBLIQUE

Bulletin                                                                                                                                                       Mai 2014

EDITORIAL : POUR LE RESPECT DE LA LEGALITE REPUBLICAINE.

C’était en 2006. Incidemment, à la lecture d’une publication mensuelle, les paroissiens ont appris que les travaux de mise en sécurité de la Maison Paroissiale de Carqueiranne étaient accompagnés par l’installation d’une école privée hors contrat, jusque-là établie dans les locaux de l’église Pie X au Champ de Mars à Toulon. L’aumônerie du Collège, en place depuis plus de trente ans, était priée de « quitter », sine die, les locaux de la Maison Paroissiale. (*).

Une réunion, tenue le 25 juillet 2006, en l’église de Carqueiranne, sous la tutelle de Dom Marc Aillet, vicaire général, accentuait la fracture au sein de la communauté carqueirannaise.

Un Collectif pour le respect de la Laïcité se mettait en place pour contester cette installation. Une association E.D.S. s’était créée pour conduire les travaux de rénovation de la Maison Paroissiale. Ses responsables regrettaient de ne pas avoir été informés que ces rénovations allaient servir à la création de 5 salles de classe pour l’école Anne de Guigné, accueillie, à l’origine, pour une durée de 3 ans.

Les travaux,  dont le coût s’élevait à 217.181 €, ont été financés à hauteur de 200.000 € par un versement du Diocèse à l’E.D.S (compte rendu de l’AG  du 9 mai 2007 de l’EDS). Cette dernière somme provenait de la réserve financière de la Paroisse de Carqueiranne laissée par le Père GARCIA (**) à son départ. Suite à diverses interventions, sans succès, le Collectif pour le respect de la Laïcité s’est transformé en Observatoire Méditerranéen de la Laïcité dès l’ouverture de l’école en octobre 2007.

En dépit de nombreux courriers adressés aux autorités préfectorales, académiques et religieuses, l’O.M.L n’a pas pu obtenir le respect de la Légalité Républicaine et de la Laïcité jusqu’à ce que, en octobre 2013, soit publié et rappelé, sur le Journal Officiel du Sénat, page 2997, que « les associations diocésaines ont des statuts avec un objet limité aux actions cultuelles, ce qui ne leur permet pas de mettre à disposition leurs locaux pour des activités d’enseignement privé… ».                                                                                

Le Comité de Rédaction

(*) La maison paroissiale de Carqueiranne appartient au diocèse de Fréjus-Toulon.
(**) Le père Garcia a été responsable de la paroisse de 1989 à 2004, date de son éviction parle diocèse.

(1)

A TITRE D’INFORMATION,

Cotisations 2014-2015 des établissements privés relevant du diocèse Fréjus-Toulon (*)

Les comptes 2012/2013 et le prévisionnel de l’AEP de la DDEC ont été approuvés. Les cotisations diocésaines 2014/2015 ont été votées par le Conseil  d’Administration du CODIEC du 7 janvier 2014. Les cotisations ont été augmentées de 0,50€ par élève et par an.

               Les cotisations diocésaines seront donc, pour l’année 2014-2015, de :
- 34,50 € pour un élève du 1er degré sous contrat d’association
-34,50 € pour un élève du 2nd degré sous contrat d’association
- 23,50 € pour un élève du 1er degré sous contrat simple
- 9,50 € pour un élève de l’agricole
- 9,50 € pour un élève hors contrat

               S’ajoutent à ces cotisations les contributions du CNEL (Comité National de l’Enseignement Libre, pour l’année 2014-2015, votées lors de l’Assemblée Générale de novembre 2013 :

- Pour le 1er degré sous contrat (simple ou d’association) :
2,60 € par élève (2,55 € + 0,05 € ECOL)
- Pour le supérieur sous contrat d’association : 3,46 € par élève
- Pour l’agricole : 1,27 € par élève
- Pour le 2nd degré sous contrat d’association : 3,34 € par élève- Pas de cotisation pour le Hors-Contrat

               Les cotisations « solidarité » du CODIEC pour 2014-2015 seront votées par le Conseil d’Administration du CODIEC du 18 février 2014.

Pour mémoire, pour 2013-2014, elles s’élèvent à :

- 3,50 € par élève pour l’école
- 7,50 € par élève pour le collège
- 5,50 € par élève pour le lycée

               Les cotisations UDOGEC pour 2014-2015 ont votées lors de l’Assemblée Générale du 17 décembre dernier. Elles s’élèvent à :

- 1,60 € par élève pour le contrat d’association 1er degré
- 2,10 € par élève pour le contrat d’association 2nd degré
- 1,40 € par élève pour le contrat simple ou le hors contrat

               La cotisation Apel du Var pour 2014-2015, votée en Assemblée Générale du 5 octobre 2013, s’élève à 14,95 € par famille.

               La cotisation du SAAR (Service d’Accueil et d’Aide au Recrutement) de l’Académie de Nice 2014-2015 a été votée lors du Conseil d’Administration du 13 janvier 2014. Elle s’élève à 2,60 € par élève.

                                   -oOo-

 (*) Ces renseignements sont fournis par l’Hebdo de la D.D.E.C de TOULON n°753 du 17 janvier 2014
L’enseignement privé catholique sous contrat représente 90 % de l’enseignement privé religieux en France.

COMMENTAIRE DE L’O.M.L.     Les établissements privés relevant du diocèse sous contrat sont financés et subventionnés par le Trésor Public. Les salaires et les retraites des enseignants sont pris en charge par l’Etat. Par ailleurs, ces établissements ne sont pas soumis à la réforme des rythmes scolaires et leurs projets pédagogiques (contrôlés par l’Inspection Académique) sont accompagnés de projets pastoraux. L’enseignement privé, grâce à ces fonds, peut entretenir les bâtiments, ouvrir des classes,…

 L’enseignement public doit se contenter de ce que l’Etat lui donne et observer les règles de fonctionnement imposées.

LA FÊTE REGIONALE DE LA LAÏCITE

A l’Initiative du Comité 1905 de Draguignan et de diverses associations laïques du Var et des Alpes Maritimes, une fête de la Laïcité se déroulera le Samedi 21 juin 2014, toute la journée, aux Arcs sur Argens, dans le théâtre du Réal, en plein air.

Conférences, débats ; ateliers et animations diverses se dérouleront, de 10 h à 17 h, près de la mairie. Une nouvelle réunion préparatoire a été réalisée samedi 10 mai.                                                                                                                                                                                                                                                                                                                                     (2)

A PROPOS DE LA PRESENCE DU PREMIER MINISTRE A LA CANONISATION DE DEUX PAPES A ROME.

Commentaire de l’O.M.L.

Nous livrons, in-extenso, la lettre d’Henri Pena-Ruiz au Premier Ministre de la République. Les déclarations essentielles ont été mises en gras par la rédaction.

Dernier ouvrage paru: Dictionnaire amoureux de la laïcité (Editions Plon)

« Manuel Valls, souvenez-vous de Clemenceau »

Monsieur le ministre,

Nous savons tous les deux ce que peut être la stigmatisation par un régime dictatorial de ceux qui ne partagent pas la croyance imposée ou privilégiée par le pouvoir. Dans l’Espagne de Franco, que nos deux familles ont fui, le national-catholicisme régnait. La coalition des trois fascismes (Hitler, Mussolini, Franco) avait brisé la République espagnole, livrant le peuple à des décennies de violence sourde ou avouée, après avoir écrasé les républicains sous des bombes qui bientôt ensanglanteraient le monde entier. Lors de la retirada, pendant l’hiver de 1939, l’armée républicaine a franchi la frontière de nos deux pays. Antonio Machado mourut aussitôt. Il repose à Collioure, sa stèle recouverte du drapeau républicain, violet, jaune, rouge. Parqués à Gurs comme à Argelès, les soldats qui pourtant venaient de livrer le premier combat antifasciste furent très mal accueillis. Cela n’empêcha pas nombre de combattants républicains espagnols de reprendre les armes, en France, contre les occupants. Celestino Alfonso, comme bien d’autres, mourut sous les balles nazies, et l’on voit son portrait défiguré dans l’Affiche Rouge.

Vint alors le temps des émigrations politiques ou économiques. En France, nos familles, comme celle d’Anne Hidalgo, goûtèrent l’air de la  liberté, et de la laïcité. Sans perdre la mémoire de nos origines, nous nous découvrîmes enfants de la République française, si bien incarnée par Marianne, qui porte le bonnet phrygien de l’esclave affranchi. La patrie, redéfinie par la Révolution française, c’est la communauté de droit qui tisse entre tous une fraternité construite sur la liberté et l’égalité. Merci à la France qui ne nous demanda pas de faire allégeance à un quelconque particularisme religieux pour nous « intégrer », comme on dit. Valls, Hidalgo, Pena-Ruiz…nos patronymes allaient se fondre dans ce beau creuset français qui s’ouvre à l’universel en une terre particulière.

Certes, tout n’était pas idyllique, et l’injustice sociale semblait souvent démentir les idéaux politiques. Nous aimions la République, mais nous la voulions sociale en même temps que laïque. Nous fîmes le choix de nous engager en ce sens. Toute victoire serait alors non celle d’un peuple, mais celle d’une justice sociale sans frontières. Laïcité, justice sociale… Jaurès avait déjà défini les deux fondements d’une République où il fait bon vivre. Et son patriotisme internationaliste, qui lui coûta la vie, avait laissé un sillage de lumière dans les consciences.

Laïque, la République confère les mêmes droits aux athées et aux divers croyants. Sociale, elle rend crédible sa superbe devise.

Vous voilà premier ministre de cette République. Pour ma part, j’ai consacré ma vie à l’instruction publique et laïque, vecteur d’émancipation pour ceux qui n’ont que l’Ecole pour devenir  tout ce qu’ils peuvent être. Nous nous accordons, n’est-ce pas, sur un tel idéal.

D’ailleurs nous étions ensemble pour défendre la crèche Baby-Loup qui s’est voulue laïque afin d’accueillir les enfants de 50 nationalités sans faire violence à aucune famille. Alors, sans polémique, j’entends vous dire mon incompréhension devant votre décision de représenter la France, ès qualité, dans l’exercice de vos fonctions, pour la canonisation de deux papes. Il n’y aurait évidemment aucun problème si vous vous rendiez à Rome à titre privé, en ne représentant que vous-même.

En république laïque les croyants sont pleinement libres, mais leur foi ne doit engager qu’eux seuls. De même pour l’athéisme. L’égalité des droits est ici en jeu, et la déontologie qu’elle inspire se fonde sur un souci d’universalité. Tout privilège public de la religion est blessant pour les athées. Or en France il y a des athées et des agnostiques en grand nombre, et tout acte officiel de la puissance publique se doit de les représenter à égalité avec les divers croyants. D’où la neutralité, qui n’a rien d’antireligieux, mais qui tient bon sur la distinction privé/public.

Vous admirez Clemenceau. Je l’admire aussi, comme grand républicain laïque et anticolonialiste.

Or, en 1918, votre homologue prit une décision laïque exemplaire. La voici. Le 11 novembre 1918, l’archevêque de Paris invite Georges Clemenceau, alors Président du Conseil, au Te Deum prévu à Notre-Dame-de-Paris, en hommage à tous les morts de la guerre qui vient de s’achever. Clemenceau dissuade le président de la République, Raymond Poincaré, de s’y rendre, et il répond par un communiqué officiel qui fera date : « Suite à la loi sur la séparation de l’Eglise et de l’Etat, le gouvernement n’assistera pas au Te Deum donné à Notre Dame. Mmes Poincaré (femme du président de la République) et Deschanel (femme du président de la chambre des députés) n’étant pas membres du gouvernement pourront par contre y assister. »

            Voilà une jurisprudence laïque à laquelle Benito Juarez, futur président de la République mexicaine, avait donné ses lettres de noblesse en 1855, lors de son entrée en fonction en tant que gouverneur de l’Etat d’Oaxaca. Tout nouveau gouverneur avait alors coutume d’assister à un Te Deum qui conférait à l’autorité religieuse le privilège d’introniser l’autorité civile. Juarez mit un terme à cette pratique en des termes limpides : « Je pris la décision de ne pas assister au Te Deum, en raison de ma conviction selon laquelle les autorités politiques de la société civile ne doivent assister en tant que telles à aucune cérémonie religieuse, alors qu’en tant qu’individus ils peuvent se rendre aux lieux de culte pour y pratiquer les actes de dévotion que leur dicte leur religion. »

Certes, les circonstances humaines les plus bouleversantes ont besoin de cérémonial. Mais en République, ce besoin symbolique essentiel doit être tel que tous les citoyens et citoyennes puissent s’y reconnaître. Le précédent mexicain montre que la laïcité ne se limite pas à la France.

Un dernier mot. Professeur de philosophie dans l’enseignement public, j’ai toujours trouvé normal de ne jamais laisser paraître mon type de conviction personnelle dans l’exercice de mes fonctions. La République me confiait ses enfants afin que j’en fasse des élèves, et je me devais de promouvoir leur seule autonomie de jugement, sans prosélytisme aucun. Qu’auraient dit les familles si j’en avais usé autrement ? Quand Nicolas Sarkozy a eu l’audace, dans le Discours de Latran, de placer le prêtre au-dessus de l’instituteur, j’ai rédigé un article pour lui rappeler l’ineptie d’une telle hiérarchisation.

            Car l’instituteur ne vise que la liberté de l’élève, telle que la fonde la culture, et refuse toute inculcation. C’est cela la grandeur de l’école laïque, ce lieu où l’élève apprend ce qu’il ignore pour pouvoir un jour se passer de maître.

            Ne pensez-vous pas, Monsieur le Ministre, qu’un si bel idéal requiert une défense et illustration exemplaire de la part des responsables politiques?

                                                   Henri Pena Ruiz

 

 

 

                                  

 

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