On en parle

 Colloque de Poissy

(ci-dessous)

La Loi Carle

Conférence Départementale de la Liberté Religieuse

Colloque de Poissy : « Au cœur de la Laïcité, dialogue et tolérance »

1°- Approche historique
2°- Approche philosophique et éthique
3°- Approche politique et sociétale

Compte-rendu fait par Chantal Forestal qui a assisté à ce colloque. (4 octobre 2011)

En préambule, il est à souligner qu’il n’est pas question de faire une synthèse de ces deux journées, ce serait trop long (18 intervenants avec une moyenne de 3 ‘minutes par intervention). Sont retenus de ces deux journées, trois axes d’intervention : une approche historique, une approche philosophique, une approche sociétale (la plus problématique par rapport aux deux autres).

1°) Une approche historique (importance des historiens majoritaires dans ce colloque). L’enjeu des différentes contributions consistait à rappeler les temps différents qui dans l’histoire ont fait germer le temps qui est le nôtre, à savoir, entre autres, l’évolution qui va de la tolérance religieuse à la laïcité.

Nicolas Le Roux, professeur d’histoire à l’Université Lumière, Lyon 2 fait une intervention sur  » L’histoire des libertés de consciences et des cultes « .

Au 16ème siècle prévalait l’idée que l’altérité confessionnelle est néfaste au salut de chacun, le salut de chacun dépendant de tous, si l’autre refuse de faire son salut il faut le tuer. Paradoxalement c’est dans ce siècle de violences qu’un roi très chrétien (Charles IX avec l’appui de Catherine de Médicis) s’engage à la fois à exterminer les hérétiques (Luthériens mais surtout calvinistes) mais pour cela oblige à distinguer ceux qui luttent ouvertement (dans la sphère publique) et ceux qui pratiquent chez eux (la sphère privée) qui ne doivent pas être inquiétés. Dès 1560 : on interdit les manifestations publiques mais aussi les réquisitions chez les particuliers. C’est l’invention du pacte de liberté de conscience et de culte qui commence à germer. La mise en place du colloque de Poissy, le 9 septembre 1561, c’est le moment où les protestants sont autorisés à s’expliquer publiquement devant la Cour et l’Épiscopat. L’édit de janvier 1562 donne liberté des cultes pour les protestants. Malheureusement les violences continuent et culminent le 24 août 1572 (Saint Barthélemy). Henri IV promulgue l’Edith de Nantes le 13 avril 1598 en donnant des garanties juridiques, politiques et militaires aux protestants. Désormais la religion est dans l’État et non l’État dans la religion. Cet édit sera appliqué jusqu’en 1685 (Révocation de l’Édit de Nantes par Louis XIV).

Thierry Amalou, agrégé et docteur en histoire, Maître de Conférences à Pari 1,  » Esprit de concorde ou intransigeance « .

A cette époque les confessions définissent leur identité par rejet de l’autre confession. En 1561 il y a 80% de catholiques mais aussi une dynamique des conversions au protestantisme (10 à 15%). Ce qui est réfuté c’est la présence réelle du corps du Christ dans l’eucharistie (cf. Pb de la transsubstantiation). Il ne s’agit pas de tolérance religieuse ni d’œcuménisme mais de réunir tout le monde dans la même religion. Les protestants se considèrent comme de bons catholiques mais non comme des catholiques romains. Il y a par ailleurs diversité des positions : d’un côté l’intransigeance de l’autre la volonté de concorde. Le pouvoir royal a donc des difficultés dès le départ pour triompher de ces différentes positions. Les tensions communautaires donnent raison aux théologiens les plus intransigeants. Sous Charles IX il y a une quinzaine de colloques (appelés  » disputes « ). Tous échouent. La fonction réelle des débats de cette époque est de reconnaître l’adversaire et de se reconnaître comme adversaire.

Jean-Paul Scot, historien :  » La laïcité : histoire, avenir, débat « .

Son propos est de démontrer comment on est passé de l’ambiguïté du concept de  » tolérance  » à la  » laïcité « . Les deux concepts n’appartiennent pas au même registre, ne peuvent être considérés de même nature. La tolérance est accordée par le Prince ( » ce n’est pas naturel « ). En 1789 il ne s’agit plus de tolérance mais bien de liberté d’expression. Par la suite Jaurès à son tour trouvera injurieux le concept de tolérance :  » Nous ne sommes pas le parti de la tolérance… Nous avons le respect de la dignité humaine  » ou encore  » l’autonomie est illusoire quand la religion, ses dogmes, fondent le bien commun « .     Laïcité et démocratie fondent ce bien commun. La Laïcité ne repose pas seulement sur la liberté de conscience mais aussi sur égalité des consciences. Aucun acte de la vie sociale ne devrait faire intervenir la religion.     D’autre part, liberté de conscience, égalité de traitement des croyances ou convictions et séparation n’ont pas été conçues comme une exception française. Certes en France l’affrontement entre cléricaux et non cléricaux a fait faire un bon en avant à la séparation notamment vis-à-vis de l’ensemble des institutions civiques. En Europe le processus de laïcisation est plus lent. Il y a diversité des rapports entre l’Église et l’État et variété des régimes de tolérance. On peut même dire qu’aujourd’hui en Europe (Europe de l’Est notamment) on assiste à une dé-laïcisation et à la mise en place de concordats confessionnels (cf. Pologne). Force est de constater que les états conservateurs remettent en cause les services publics (ex : avortement)… Les reculs sont évidents, les normes religieuses l’emportent sur les normes sociales. La religion est considérée de plus en plus comme garante de l’éthos démocratique. Au nom de la reconnaissance du fait religieux, certains affirment le retour à la tolérance. Plus les services publics sont abandonnés par les États, plus est légitimé le développement des services confessionnels. Ainsi la plupart des états européens réduisent la laïcité à la liberté de conscience. CL. la sécularisation des sociétés a suivi des étapes. Les droits de l’homme également. Mais aujourd’hui on assiste à des reculs ou régressions religieuses.

2°) Une approche philosophique et éthique

Costa-Lascoux Jacqueline, directrice de recherche au CNRS, experte de la commission française pour l’UNESCO, et présidente d’honneur du colloque.  » La laïcité à la lumière des droits de l’homme « .

S’il fallait résumer son propos, la laïcité c’est : – l’autonomie du politique et du religieux qui se fait au nom d’une liberté universelle ; – c’est une éthique de pensée et de libre examen – c’est aussi une éthique de responsabilité : on est responsable avant tout de ce que l’on fait. Il faut donc avoir une exigence d’action. Cela implique que l’on tienne compte du terrain sans pour autant s’y soumettre. Ex. Le Tartuffe de Molière a été interdit, boycotté à Poissy. Il y a des dénis de laïcisation, et donc des problèmes de hiérarchie des valeurs (ex. le problème de la compatibilité des libertés). Rappel : la liberté de conscience et de toute autre conviction n’a été acceptée qu’en 1965 par Jean-Paul II.

CL : la liberté de religion ce n’est pas nécessairement la liberté de pensée. Aujourd’hui nous assistons à une accélération des temporalités et se pose la question de savoir comment passer à la diversité des convictions dans le pluralisme le plus ouvert. Le principal obstacle c’est la servitude volontaire (cf. La Boétie :  » Soyez résolu de ne servir plus et d’être libre « ). Commentaire : Je suis bien évidemment tout à fait synchrone avec ce positionnement. La dimension éthique c’est-à-dire le débat sur les valeurs me paraît indispensable notamment pour ne pas négliger la fonction émancipatrice de la laïcité. Négliger cette dimension c’est laisser les religions l’emporter dans les consciences. L’émancipation c’est nécessairement l’émancipation du sujet (c’est-à-dire un être de raison, responsable) vis-à-vis du collectif ; c’est l’idée d’une sortie de la religion dans ce qu’elle a nécessairement de dogmatique, sortie qui n’est pas désenchantement (cf. Nietzsche en est devenu fou), c’est la capacité créatrice de l’homme de se donner d’autres formes de vie et d’organisation de la société humaine dans son ensemble qui nous fait dépasser notre finitude et la pauvreté de notre existence (cf.  » transcendance immanente « ).

Henri Pena-Ruiz,  » Petite histoire d’un grand idéal : la laïcité  »

L’époque que nous vivons est terrible : les grands services publics sont mis en situation de détresse morale pendant que l’ultralibéralisme a réactivé le supplément d’âme. Retour de la dimension caritative alors même qu’il y a destruction de l’état social. La religion comme démarche spirituelle n’a rien à voir avec l’instrumentalisation cléricale, elle est respectable mais déliée toutefois de toute obligation sociale.     Avec N. Sarkozy, un pas a été franchi :  » La République a besoin des croyants « . Or il n’y a pas de hiérarchie entre les citoyens. Aucune légitimité à privilégier l’option religieuse à celle de l’athée.     L’école publique, ouverte à tous n’inculque aucune croyance. Il est paradoxal qu’elle soit privée de fonds publics. Une fois encore référence à Jaurès :  » L’argent que l’on ne l’on ne donne plus aux cultes servira à la solidarité universelle « . Nulle richesse humaine ne se résout à une appartenance confessionnelle. Pas de laïcité dans un pays concordataire, pas de laïcité quand l’un a la possibilité de culte et l’autre pas. Il y a l’universalité de l’instance publique. L’instituteur laïque doit avoir acquis l’autonomie de jugement, il ne met jamais en avant l’instruction partisane. L’instruction publique apprend à se passer du maître.     La neutralité de l’État n’est pas vide, elle suppose implication. Elle est impliquée par la liberté de conscience. Celle-ci devient autonomie de jugement et souci de promouvoir l’émancipation.     Le droit c’est la faculté des hommes à engendrer des lois qui les dépassent, à accoucher de principes universels.

Chahla Beski-Chafiq, sociologue, directrice de l’ADRIC (Agence de Développement des Relations Interculturelles pour la Citoyenneté).  » Agir pour la laïcité dans un contexte de diversité culturelle : des idées reçues à une pratique citoyenne  »

Comment vivre ensemble ? On ne tolère pas autrui comme on tolère un médicament. Nous utilisons des concepts mutants. Le concept du vivre ensemble n’est pas un concept indépassable. La question se pose : y-a-t-il volonté d’un projet commun. Il faut que les conditions de l’émergence de ma liberté s’arrêtent là où commencent les conditions de la liberté de l’autre. Impossible de raisonner en vase clos. La laïcité est un bien transmissible. L’éthique de la discussion et du débat fait que je fais crédit à mon interlocuteur. Le dialogue, le débat, la contradiction, la laïcité le permet. Mais il faut sortir des contradictions, rattraper voire supprimer les concordats par exemple.     La laïcité est un bien  » universalisable « . Ce qui se passe chez un Nippon est du même ordre que ce qui se passe chez un Zoulou. L’homme est une problématique pour l’homme. La déconnection du politique et du religieux est une avancée majeure (cf. Locke, Spinoza, Fourier…). La Séparation de 1905 n’a pas été accompagnée d’un investissement intellectuel suffisant : Jules Ferry des colonies n’est pas celui de la métropole. Il y a donc du perfectible. On s’est trop reposé sur le progrès de la Nation. Notre réflexion sur la laïcité est meilleure que celle de Poutine ou de l’Arabie Saoudite. Mais la séparation ne suffit pas. La notion de citoyenneté implique d’aller vers l’universel. Aujourd’hui il y a émergence de revendications singulières, des particularismes mis en avant qui favorisent le communautarisme. Certes faut respecter les croyants mais aussi respecter la conscience humaine qui oscille entre croire et ne pas croire. Il y a aussi ceux qui disent qu’il y a des choses qui nous dépassent. Ils ne doivent pas abdiquer devant ceux qui invitent à une expérience du divin, tremplin à tous les fanatismes. Pour la tradition religieuse musulmane il est temps de mener au-delà d’une simple réforme de la pensée et d’apprendre à transgresser des tabous, subvertir pour aller vers d’autres horizons sémantiques qui nous prémunissent contre la barbarie. L’intelligibilité de la foi doit être mise à l’épreuve. La religion refuge des opprimés devient le repaire et le refuge des fanatismes.

3°) Une approche politique et sociétale

Marcel Conradt, conseiller au Parlement européen,  » La laïcité : une histoire, avenir débat  »

En 2009 il y a eu une conférence organisée par la France, intitulée  » La religion et puissance publique dans l’union européenne « . La laïcité n’a pas été invitée à cette conférence.     La laïcité est trop confiante en ses assises nationales. De plus par il y a autant de laïcités que d’états, eux-mêmes prisonniers d’habitudes nationales. Les pères fondateurs de l’Europe sont des démocrates chrétiens.     Dès le début de la construction européenne la notion de  » croyance  » s’élargit et ainsi toute église reconnue par un état membre est reconnue par l’ensemble des états membres. C’est le cas de la scientologie.     Le résultat est là : les Églises sont identifiables, la laïcité ne l’est pas. Le Conseil de l’Europe dialogue continûment avec les églises sur une multiplicité de sujets car il est en contact permanent et régulier. Il affiche désormais  » une référence à une origine chrétienne de l’Europe « .     Si la diplomatie vaticane a joué son rôle, la laïcité s’est laissée piéger. Jean-Paul 2 parlait de  » la fécondité institutionnelle du christianisme « , et avait condamné tout principe de séparation en Europe. Le rôle de l’Église est désormais reconnu dans la constitution européenne. Les églises sont des partenaires et représentent 70 associations officiellement répertoriées : le Saint Siège, Malte.     En face la Fédération Humaniste Européenne est invitée mais bien que laïque n’est pas organisée et n’a pas d’adresse postale comme c’est le cas pour les témoins de Jéhovah. C’est du moins le reproche qui est fait. Cl. Faudrait ne pas se contenter de la séparation, faudrait accepter d’être uni et d’aborder des sujets tels que : le printemps arabe, la bioéthique…Car d’autres visions bien différentes des nôtres sont en train de l’emporter aux dépens de la laïcité.

Valentine Zuber, maître de conférences à l’École Pratique des Hautes Études, chaire de sociologie des religions et de la laïcité.  » Femmes et laïcité, une relation paradoxale ».

Laïcité et femmes n’ont pas fait bon ménage. Lutte féroce contre l’accession des femmes aux droits politiques. Les femmes sont considérées comme des alliées du cléricalisme, le pouvoir des prêtres sur leurs ouailles était considéré comme une menace. Argument qui avait une certaine réalité à des époques où l’église catholique s’était spécialisée dans l’enseignement féminin et les lutteuses restaient minoritaires. Jules Ferry :  » Il faut que la femme appartienne à l’État ou à l’Église « . Le courant proudhonien va dans ce sens à savoir :  » sortir les filles des genoux de l’Église « . Rôle important des minorités religieuses comme par exemple les filles de pasteur qui deviennent institutrices de la République. Au 20ème et 21ème siècle les droits de la femme commencent à gagner du terrain. Ex. en 1960 droit en France de sortir de la tutelle de son mari et de signer un chèque. Mais avec Yvette Roudy et Gisèle Halimi c’est au nom de la liberté des femmes qu’ont lieu les luttes féministes et non au nom de la laïcité.     Aujourd’hui les choses ont changé et on constate une évolution depuis les années 80 : le fait religieux résiste (la 1ère affaire du foulard date 1982). La militance féministe ne s’est pas emparée de la laïcité. Bien au contraire naissance de groupes féministes anti-laïques qui revendiquent liberté de choix de vie. Il y a une véritable dialectique entre liberté de conscience (de sa conscience propre, d’origine politique libérale) et liberté de pensée, conception française qui s’appuie sur la libéralisation des femmes contre elles-mêmes. Les actrices musulmanes se réclament elles aussi de la laïcité de l’État et pensent que la laïcité à la française est une idéologie nationale.

Bruno Streiff, historien d’art.  » Les voix des peintres et la laïcité « .

La plupart des religions ont refusé la représentation par des images et des figures humaines. Il est impensable de représenter Dieu, le Christ, la Vierge… Peu à peu les peintres ont échappé au contrôle de la religion. A la Sixtine c’est bourré de choses dénoncées par le Vatican. Ainsi Michel Ange présente Dieu avec des fesses très musclées. Adam, dans son enthousiasme de croquer la pomme, a une belle érection. Le Christ est un bel Apollon.     En ce qui concerne la perspective : au départ grâce à la perspective la peinture pensait représenter l’infini c’est-à-dire Dieu. Mais après on a jugé la perspective dangereuse car elle change selon le spectateur et la situation qu’il occupe. L’art est subversion. Ainsi l’Annonciation (d’Antonello Mécine) va échapper à la règle. On voit au premier plan un tout petit escargot qui montre que Dieu a pris son temps. Cl : la grande peinture religieuse n’a de cesse de prendre de la distance avec ce qui est autorisé.

Jacques Palard, Directeur des recherches au CNRS, Professeur à l’Université de Bordeaux  » Les enjeux du dialogue interculturel au niveau local »

Responsabilités nouvelles des élus. Les religions sont des vecteurs des réalités locales. Elles revendiquent leur place et la reconnaissance est accordée. Elles forgent même une conscience de classe. Du coup fragilité des positions laïques.     La religion majoritaire en France a connu une forte déprise : devient une confession comme une autre .Cette perte de familiarité à la culture religieuse est compensée par un engagement dans le dialogue religieux de la part des théologiens auquel s’ajoute la rhétorique de l’héritage de la mémoire : on se réfère à notre identité chrétienne. Les relations interreligieuses se font plus ostensibles pour compenser (cf. obsèques des évêques).     On peut aller jusqu’à parler de la légitimation de l’interreligieux comme enjeux politico juridique et sociopolitique. Il y a une sorte d’injonction des élus à construire de la cohésion sociale en tenant compte de ces nouveaux dialogues interreligieux, du rôle que jouent dans la construction sociale ces organisations religieuses, de connaître l’importance de leur implantation, d’évaluer celles qui sont traversées par des conflits (ex. les communautés musulmanes sont éclatées) .

Jean Louis Touraine, Professeur de Médecine à l’Université Claude Bernard.  » Bioéthique et laïcité « .

Dans une société laïque qui privilégie le vivre ensemble, il importe que les règles bioéthiques ne soient pas définies par des règles philosophiques ou des courants de pensée uniques. C’est la France qui applique le moins ce respect de la diversité des courants de pensée. Quelques exemples :     Pour les greffes d’organe avec prélèvement sur fœtus décédés les intégristes religieux et d’extrême droite ont attaqué et bloqué. Ils ont fini par être enrayés. Soit on a une réflexion humaniste large, soit on s’interdit de réfléchir et on s’appuie sur la Révélation.     L’origine de la vie : recherche sur les cellules souches embryonnaires. Il en existe des milliers élevés dans les frigos, avec sélection des moins mal formées. Il est impossible de les utiliser alors qu’elles ont une très grande potentialité et peuvent être capables de développer un organe. L’embryon est sacré. Seule est autorisée la recherche sur des cellules adultes     La loi française interdit avec quelques dérogations. Il est hypocrite de pérenniser cette situation en France. La France n’a pas le monopole de l’Hypocrisie : aux USA c’est interdit dans le public mais autorisé dans le privé. Transplantation. Il y a pénurie d’organes. Pas raisonnable car il y a nombre de prélèvements possibles. Ce qui entrave c’est la famille. Il suffit qu’un seul de ses membres s’y oppose.     Le droit de mourir dans la dignité : même affrontement. Cela concerne 3000 personnes dont l’état de dégradation est très avancé et pour lesquels la loi Léonetti est insuffisante. (78°/° des personnes y sont favorables). La gestation pour autrui mérite débat (opposition Badinter/ Agasinski) Cl. La réflexion laïque devrait combattre ces intégrismes, ces obscurantismes qui concernent des interdits abusifs et empêche que la dignité humaine soir respectée. La bioéthique c’est les droits de l’homme.

Gilles Guglielmi, professeur de droit public.  » La laïcité, le totem de la République « .

Un totem c’est un ancêtre mythique d’un groupe social auquel on se réfère régulièrement. Mais c’est aussi un fondement institutionnel qui s’appuie sur un réseau. C’est aussi un tabou (d’ordre magique et religieux). Approcher de trop près sa simple réflexion peut autoriser des châtiments. La loi s’impose à tous. Aujourd’hui elle ne se négocie plus. On ne peut la modifier. Elle est au cœur de la loi de la République. En 2005, 9 obédiences maçonniques se prononcent pour l’intangibilité de la loi. En tant que totem de la République elle organise les rapports entre les Institutions de la République et les responsables de l’exercice des cultes. N’est-elle pas qu’un tam-tam de la République ?     L’objet même de la loi c’est la séparation. Mais la laïcité c’est aussi un ensemble plus dense. L’article premier de la Constitution parle d’une République  » indivisible, laïque et sociale « , ce qui signifie respect de toutes les croyances et interdiction à quiconque de se prévaloir de sa croyance ou de sa non croyance. D’autre part la laïcité de l’école a précédé la séparation (20 ans avant). L’école publique a existé sous un régime concordataire. Depuis 1946, entre autres, la laïcité est liée à l’idée d’égalité. Personne ne peut revendiquer le droit de sa propre loi contre la République, le droit à la différence. Problème : la République ne reconnaît ni ne subventionne aucun culte. Or on met en place des associations cultuelles et la propriété des lieux de culte reste à ces associations. De plus les pouvoirs locaux ont possibilité d’emprunter et de se porter caution. Le poids de l’entretien pèse sur les pouvoirs publics. Le bail emphytéotique permet d’entretenir et de construire 45°/) des édifices. On favorise beaucoup plus les structures légitimes cultuelles que dans les systèmes concordataires. Bruit assourdissant du financement de l’immobilier (constructions ou réparations des lieux de cultes. Contrairement à ce qui est affiché la religion musulmane ne subit pas d’inégalité, peut utiliser les mêmes textes. Si l’on cherche l’égalité, l’égalité entre les cultes on l’a. Par contre l’égalité entre les religions c’est une autre affaire !     Le Conseil d’État a dû se prononcer récemment .Toutes les décisions sont allées dans le même sens : pragmatisme et adaptation à l’intérêt local. Le particularisme du droit local est reconnu par le droit public. Ce droit local ne peut plus être contesté pour l’Alsace-Lorraine par exemple. Or ce droit local ne peut être harmonisé à tout le reste de la République.

Dounia Bouzar, anthropologue, chercheur associé au Cabinet d’études et cultures en consulting.  » Éducation à la laïcité : diversité religieuse et cohésion sociale « .

La laïcité : il n’y a pas de livres de recettes. La liberté de l’un s’arrête là où la liberté de l’autre n’est pas entravée. Principe de réciprocité. Si c’est important pour moi de m’arrêter le vendredi (en tant que musulmane) ou le samedi (en tant que juive) c’est à respecter. L’  » accommodement raisonnable  » c’est reconnaître le particularisme du groupe et arranger les minorités. Les normes institutionnelles ne sont que celles d’une production historique. N’impose pas aux autres ce que tu ne voudrais pas qu’on t’impose à toi-même….Ex : faut éliminer le porc pour éviter contestation. Faut pratiquer le PPCD (Plus petit commun dénominateur). La conception musulmane a tout inventé même les normes sportives…

Jean-Michel Quillardet, Président de l’Observatoire International de la Laïcité, ancien Grand Maître du Grand Orient de France,  » Laïcité et universalisme « .

La laïcité est un principe universel partageable par tous les hommes. La laïcité c’est la liberté de conscience, la liberté religieuse n’étant qu’un aspect. Aujourd’hui il y a à la fois retour du religieux et multiplication de la population musulmane. La difficulté est d’ordre économique. Il nous faut exercer également la citoyenneté. Or l’offre républicaine, le droit à la dignité n’est pas respecté. Il ne s’agit pas de défendre la laïcité seulement lorsqu’on a affaire à des musulmans. Il ne s’agit pas davantage de nourrir les peurs au nom de la laïcité (cf. les lepénistes). La laïcité c’est aussi un principe juridique : neutralité de l’État. Le problème là aussi est qu’il n’est pas respecté. Quelques exemples. Un maire est autorisé à acheter un orgue pour raison  » culturelle « . Le maire de Strasbourg vient d’inaugurer une mosquée (normal avec un régime concordataire !). A Lyon le conseil municipal finance un ascenseur pour visiter la cathédrale de Fourrière. Le Conseil d’État accepte le principe d’un euro symbolique pour l’édification et le loyer d’un lieu de culte avec bail emphytéotique. L’association cultuelle est considérée comme à but non lucratif. Conclusion : la volonté politique va dans le sens du détricotage de la loi. Avec cette ouverture des financements, la République une et indivisible est remise en cause, autant par la gauche que par la droite. On parle de dialogues interreligieux et on ignore d’autres conceptions : athéisme, agnosticisme. Il y a des conceptions de spiritualité sans Dieu (60°/).La laïcité c’est un équilibre grâce à la neutralité. Certes on a tous des origines et une histoire, mais dans l’exercice de la citoyenneté il nous faut en faire abstraction et trouver un chemin commun. Il existe des critères autres que religieux : ceux de la rationalité scientifique. On ne peut jeter les faits au nom des croyances. Aujourd’hui une commission consultative nationale des droits de l’homme pose à juste titre le problème du genre.

La liberté de pensée, de conscience peut être comprise en Chine. Les pays arabes se révoltent contre les dictatures. En Union Soviétique ce n’était pas la laïcité, était l’intégrisme d’État.  » La fraternité c’est quand on sort de sa fratrie  » Régis Debray. La pédagogie, l’enseignement devraient combattre toute forme d’intégrisme. Toute une réflexion sur la personne s’impose. (Cf. Montaigne : être chacun porteur de l’humaine condition).

La conclusion par Laurent Kapela.

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